Ecriture·Non classé

Défi d’écriture – Le chevalier

Hello tout le monde !
J’avais oublié ce texte mais je suis retombée dessus par hasard et je me suis dit que ça pouvait être marrant de le poster sur mon blog livresque…
Il s’agit d’un court texte écrit en 2008, quand je participais à un défi d’écriture avec mon amie Sandrine.
Il s’agissait simplement d’écrire un court texte avec ces règles obligatoires :
– Trois pages maximum 
– Il fallait que le texte contienne tous ces éléments suivants :
  • Un chevalier
  • La pluie
  • La phrase : « Si vous me refusez le passage, nous allons devoir nous combattre Messire »
  • Un hérisson
Et voici mon texte 🙂
*** *** ***
Clap, clap, clap.
Les sabots martelaient avec fierté et beaucoup de bruit l’allée pavée qui menait à la ville. Le printemps rendait le fond de l’air frais mais pas désagréable et le pépiement des oiseaux que l’on n’avait pas entendus depuis de longs mois mettaient du baume au cœur. Un léger vent d’ouest jouait avec les crins du cheval et ceux impeccables qui couronnaient le heaume. Sir Jehan avait bien fière allure dans son armure lustrée et rutilante, monté droit comme un I sur son fier destrier qui se pavanait comme s’il partait en guerre.
Enfin de retour au pays, après si longtemps passé au-delà des mers. Il lui tardait de revoir les prairies de son enfance si proche mais déjà si loin, ses forêts, ses gens s’affairer dans les champs, les chevreuils fuyant à l’approche de l’homme. Il était décidément très doux de rentrer chez soi.
La paire passa à proximité d’un champ où les paysans plongés dans leurs semis, besognaient par dizaine, le dos courbé et le bras tendu. Au loin un énorme boeuf tirait une aussi impressionnante charrue. Une paysanne se redressa avec lenteur et grâce. Une main délicate retenant son tablier posée sur sa hanche, elle approcha son autre bras de son front afin de couvrir ses yeux du soleil matinal. Derrière elle, un paysan chaussé de sabots releva l’échine, tenant dans sa main une bêche qu’il fit pivoter sur son épaule, observant l’intrus.
Rien ne permit de dire si ce spectacle émut le chevalier car il continua son chemin, toujours coiffé de son heaume et portant haut son étendard. Il esquissa un galant signe de tête et s’en alla au rythme de parade de sa monture.
Les feuillages bruissaient dans un antique murmure que seuls les sages savaient déchiffrer et les futaies commençaient à onduler sous l’action du vent qui n’en finissait pas de forcir avec lenteur mais opiniâtreté. Mais cela ne semblait pas affecter notre chevalier et encore moins sa monture qui frappait toujours le pavé d’un pas sûr et bruyant car peu importe les éléments, leur destination était proche. Encore ce petit coteau à dépasser, le pont en pierres au dessus de la rivière à traverser et il pourrait enfin voir les limites du domaine familial.
Sir Jehan pouvait déjà entendre le murmure de l’eau fraîche avant de passer le coteau. L’eau était relativement profonde à cet endroit précis, assez pour noyer un homme mais elle était enjambée par un solide et trapu petit pont en pierres dégrossies, entouré de peupliers qui ornaient gentiment les deux rives et le chemin pavé.
Or, sur l’autre rive, lui barrant la route, patientait sans un mot ni un bruit un étrange cavalier. Lui aussi engoncé dans une armure impressionnante, hérissée tel un porc-épic et toute aussi sombre que sa monture, il tenait fermement d’une main gantée de fer une longue lance. Le cheval renâcla bruyamment, grattant le sol d’un air belliqueux. Sir Jehan fit une halte à son cheval, posa ostensiblement sa main libre sur l’épée qui pendait à son flan et déclama haut et fort.

Bon jour, messire. J’ai le regret de vous apprendre que vous êtes en plein milieu du chemin. Auriez-vous l’obligeance de vous écarter afin de me permettre de continuer ma route ?
J’ai peur que vous n’ayez pas compris ce que je viens de dire. Peut être parlez-vous une autre langue… 
Voilà qui était peu charitable ! Cet individu commençait à l’irriter. Qu’il bloque son chemin, soit. Mais qu’il ne daigne pas sourciller ni répondre, là c’en était trop !

Très bien. Si vous me refusez le passage, nous allons devoir nous combattre Messire !

– …

Au moins, aura-t-il été poli et courtois. Au moins lui aura-t-il laissé le choix. Sir Jehan dégaina son épée dans un bruit métallique et se mit en position de charge. Déjà quelques gouttes tombaient du ciel et faisaient de rides circulaires sur la surface de la rivière. Son adversaire aurait l’avantage de l’arme avec sa lance qui éperonnerait un cavalier novice. Mais Sir Jehan n’était pas un novice. Son cheval se mit au pas de charge et le chevalier brandit sa terrible épée et fonça droit vers le chevalier noir qui resta impassible et …
 – Jehan ! Jehan ! Reviens vite, on passe à table !
L’enfant soupira avec force. Sa mère avait toujours le chic de le couper au moment où cela devenait le plus intéressant.

Jehan ! Rentre ! Il pleut dehors. Je ne veux pas que tu me salisses tout l’intérieur !
Oui, Maman ! J’arrive !
Il se releva, attrapa le bâton qu’il avait façonné avec son petit canif et son casque confectionné avec une passoire et quelques bouts de métal. Du pied, il effaça les traits qu’il avait lui-même tracés par terre, éparpilla les quelques cailloux qu’il avait érigés en monticule puis il s’accroupit pour observer sa nouvelle trouvaille qu’il avait mit dans une grosse boite. Le petit animal, déboussolé et apeuré hésitait entre se mettre en boule et courir affolé d’un bout à l’autre de sa prison. Ici, ses piquants ne lui servaient pas à grand chose

Maman, regarde ce que j’ai trouvé dans le jardin. Je peux le garder ?

– FIN –
Karell, 2008
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