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LIVRE : La Magnifique d’Isaure de Saint Pierre

la-magnifique-583283Titre : La Magnifique

Auteur : Isaure de Saint Pierre (France)

Editions : Albin Michel

Année : 2002

Nombre de pages : 358 pages

Genre : Historique

Lu en juin – juillet 2016

Ma note : ★★★★☆

Pitch de Livraddict : On la surnomme la Joyeuse : arrivée de Russie comme esclave, Roxelane fascine par sa beauté et son intelligence. À Istanbul, elle brille et se fait remarquer parmi les trois cents femmes du harem de Soliman le Magnifique, fils de Selim le Cruel. Mais, dans cet impitoyable monde d’hommes et de conquérants qu’est la cour ottomane du XVle siècle, Roxelane va devoir se battre et opposer son ingéniosité à la loi qui l’asservit. À l’image de cet empire qui fit trembler l’Occident, conquit l’Europe et l’Asie, elle va employer toute sa ruse et son charme pour séduire Soliman, au pouvoir et assurer à sa descendance le trône de l’empire… Sublime fresque de la cour ottomane et d’un empire d’une incomparable puissance, ce roman d’amour et d’aventures nous plonge au coeur de la civilisation musulmane, ses raffinements et cruautés. Grand reporter, passionnée par la culture arabe, Isaure de Saint Pierre fait revivre à merveille le destin d’une extraordinaire modernité de Roxelane, cette femme unique qui, par son génie et sa soif de puissance, finit par dominer un monde d’hommes.

Mon avis sur le livre :

La Magnifique est un roman historique qui se déroule dans les couloirs feutrés et dangereux des harems de Stanboul au XVIe siècle. Nous y découvrons les affres et les intrigues de Roxelane, jeune esclave devenue favorite puis Sultane dans l’Empire ottoman, femme de Soliman le Magnifique, Sultan de l’Empire de la Porte.

Ce livre respire un amour érudit pour l’Orient, pour ce Sultan et cette Sultane, pour cet Empire qui a été un point clé dans la compréhension du monde de cette époque (l’Empire Ottoman par exemple a été l’allié de François Ier contre Charles Quint, à tel point que le Pape a hésité à l’excommunier), pour cette civilisation si proche, si lointaine, emprunte d’exotisme et source de fantasmes pour beaucoup d’Occidentaux de l’époque comme de maintenant. On nous ouvre une porte sur un monde complexe, dur, doré, implacable mais aussi subtil, raffiné et extrêmement hiérarchisé.

J’ai par contre éprouvé beaucoup d’antipathie pour Roxelane, personnage principal de ce roman dont je n’ai pas aimé le machiavélisme et la soif désespérée de pouvoir.

Une belle galerie de personnages, une magnifique balade dans l’Empire Ottoman et une découverte de ce régime sophistiqué qui n’a rien à envier à la complexité de nos royaumes occidentaux.

Chronique plus en détails :

Ce livre est dans ma wishlist depuis le jour où j’ai entendu l’interview de l’auteur dans une des émissions d’histoire sur Europe 1 ou France Inter. J’avais été séduite par le portrait de cette femme exceptionnelle, Roxelane qui à force de volonté (et d’intrigues) avait réussi à se hisser tout en haut du pouvoir de l’Empire Ottoman.

J’ai toujours été intéressée par l’image des harems, mais je voulais aller derrière l’image d’Epinal, comprendre comment tout cela fonctionnait, ces ambiances que l’on voit dans les peintures des Orientalistes, voir ce qu’il y a sous ce vernis érotisé et « exotique ». C’est dans cet esprit que j’ai emprunté ce livre à la bibliothèque mi juin.

Les personnages : Nous suivons la double ascension de Soliman, Sultan de l’Empire Ottoman au milieu du XVIe siècle et de Roxelane, reconvertie et renommée Hürrem (la Joyeuse) qui va devenir sa Sultane, jeune fille enlevée dans son village en Russie, vendue en tant qu’esclave (qu’on appelle « chair vendue ») dans le harem du sultan, qui va l’éblouir par sa beauté, sa sagesse, son intelligence et son érudition et qui va devenir sa seule et unique épouse jusqu’à la fin de son règne.

Autant j’ai apprécié Soliman, ce Sultan érudit, poète, humain, très amoureux de sa femme, très conscient de sa position et de son pouvoir également, que j’ai eu des sentiments très compliqués pour Roxelane. J’ai apprécié au début sa pugnacité, son érudition justement, mais j’ai détesté sa quête insatiable pour le pouvoir, ses calculs machiavéliques pour rester en place (même si je peux la comprendre d’un côté car perdre son statut était aussi synonyme de perdre sa vie). Tout du long, j’ai eu l’impression qu’elle appréciait plus la position que son mariage lui avait donné que son mari lui-même, et qu’elle a tout fait pour converver cette position le plus longtemps possible. Elle n’a pas vraiment d’instinct maternel, n’aime pas ses enfants plus que ça, mis à part qu’ils la sécurisent dans sa position auprès du Sultan. C’est une femme calculatrice, jalouse de l’attention que Soliman peut porter aux autres, ce qui me la rendue profondément antipathique.

Cela dit, ces deux personnages, Roxelane et Soliman ont eu un destin hors du commun et je me dis que j’aurai aimé les voir aussi en film ou en série. Et j’aurai aimé voir visuellement ce que pouvait être le Saray Bournou, le Vieux Serail et la ville de Stanboul à l’époque.

L’intrigue : Il n’y a pas vraiment d’intrigue en tant que telle. « La Magnifique » penche plus vers le livre historique avec des enchaînements d’événements historiques mis en situation par l’auteur, plus que le pur roman historique. Nous suivons les éléments clés qui ont jalonné le règne de Soliman, mais essentiellement du point de vue de Roxelane. Cela nous donne un aperçu de comment fonctionne l’Empire Ottoman, avec ses Vizirs, ses amiraux, ses gouverneurs, son armée qu’il ne faut pas laisser s’ennuyer au risque de provoquer des guerres civiles, ses janissaires et ses derviches, ainsi que le fonctionnement extrêmement complexe du harem et du système de filiation des sultans. En effet, dès que le prince héritier accédait au trône, il devait selon la loi faire assassiner ses frères pour éviter les crises de succession et de dynastie, c’était la loi de la primogéniture. Les sultans en deviennent paranoïas devant chaque action de leurs subordonnés voire de leurs héritiers car tout peut présenter une menace d’insurrection et de renversement du trône.

Bref, c’était extrêmement enrichissant de découvrir un régime politique et une culture si différentes de la nôtre. Du coup j’ai bien envie de me lancer dans la biographie plus officielle et plus historique de Soliman le Magnifique de André Clot et d’autres livres sur les harems pour en apprendre plus.

Le ton / le style : Le style est à l’image de ce livre, plus érudit que ce que j’ai pu lire dernièrement. Le texte est saupoudré de termes purement turcs pour nommer toutes les fonctions étatiques, les métiers etc, ce qui nous plonge encore plus dans cet univers oriental. Heureusement il existe un lexique à la fin de l’ouvrage et d’ailleurs, je remercie l’auteur d’en avoir fait mention au début du livre car il a été plus facile de comprendre les termes (même s’il a fallu aller voir le lexique un nombre incalculable de fois car il y avait en moyenne au moins 4 termes spécifiquement turcs par page.)

J’ai regretté aussi la rareté des dialogues qui auraient pu, à mon sens, donner encore plus de vie et de consistance aux personnages. Ici, ils m’ont donné l’impression d’être écrit dans un style d’écrit plus que d’oral, à en paraître presque ampoulés dans leur structure. les « Lumière de mes yeux » ou « Parcelle de mon Âme » lorsque Roxelane s’adresse à Soliman me donnaient l’impression de voir Daenerys parler à Khal Drogo ! Mais cela rajoute aussi ce brin d’exotisme et d’ailleurs au récit.

Et enfin, j’ai remarqué de nombreuses répétitions tout au long du roman, des thèmes et des affirmations qui revenaient régulièrement, comme le fait que le chef des esclaves noirs était laid et gras et considéré comme un « demi-homme » à cause de sa mutilation, qui est revenu aumoins quatre ou cinq fois dans tout le livre, mais aussi à propos de Roxelane pour laquelle on répète constamment combien elle a peur de vieillir et de perdre son ascendance sur son époux, qu’elle n’a aucun sentiment maternel pour ses enfants, etc.

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On aime : Le dépaysement, l’ambiance cage doré des harems, les luttes intestines du pouvoir qui ont gangréné les passations de trône, Soliman et la façon dont il est dépeint, la véracité historique du livre.

On regrette : Le personnage de Roxelane pour qui j’ai fini par éprouver pas mal d’antipathie, le manque de dialogues qui m’ont beaucoup manqué.

Conclusion : Un livre dépaysant et passionnant pour les amoureux de l’Orient où ceux qui s’y intéressent

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