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LIVRE – Une Si Jolie Petite Fille de Gitta Sereny (et Mary Bell)

Titre : Une si Jolie Petite Fille – Les Crimes de Mary Bell
Auteur : Gitta Sereny
Maison d’édition : Points (poche)

Année : 2016
Nombre de pages : 496 pages
Genre : Policier, témoignage

Lu en août – septembre 2017

Pitch (livraddict) : En 1968, à Newcastle, une fillette de 11 ans assassine deux enfants de 3 et 4 ans. Considérée par toute la Grande-Bretagne comme un être démoniaque, la petite fille, vive, jolie, exceptionnellement intelligente, est jugée comme une adulte et emprisonnée.
Près de trente ans plus tard, alors que, sortie de prison à sa majorité, mère de famille, Mary essaie de refaire sa vie, Gitta Sereny la retrouve et la convainc de rouvrir avec elle, dans de longs entretiens, le dossier de ses crimes. Toute la vie de Mary défile. Elle la revit à mesure, plonge dans les semaines qui ont conduit à la tragédie, puis dans ses années de captivité, raconte cette histoire qui est aussi l’histoire d’une lente reconstruction, d’une sortie progressive de l’horreur – celle dont elle s’est rendue coupable et celle dans laquelle sa mère l’avait plongée dès sa petite enfance, ce cauchemar que Mary, arrivée au bout d’elle-même, pourra enfin regarder en face.
Peut-on affronter sa propre monstruosité ? Comment pardonner, comment se pardonner ? Qu’est-ce que la nature humaine, qu’apprend-on à son sujet au travers des êtres terribles qui semblent l’avoir un jour trahie ? Gitta Sereny porte à son degré d’incandescence l’obsession de la vérité, et fait d’Une si jolie petite fille un grand livre sur le mal et la rédemption, d’une force et d’une profondeur qui donnent le vertige.

Mon avis sur ma lecture :

L’histoire de Mary Bell est l‘un des faits divers qui m’a marqué ces dernières années : Une petite fille de 11 ans qui a tué deux garçonnets de 3 et 4 ans avec l’aide d’une amie complice dans l’Angleterre des années 60 (que vous pouvez découvrir ici, sur l’article Wikipedia)
Ce livre revient donc sur cette affaire, relatant les faits, mais aussi le procès des deux petites filles, ainsi que le suivi de Mary Bell dans le système pénitencière de l’époque jusqu’à sa libération, sous la forme du témoignage de Mary Bell elle-même. Après avoir suivi le procès à l’époque, Gitta Sereny s’est entretenue longuement avec Mary Bell longtemps après sa libération pour revenir sur les faits et tenter de comprendre ce qui s’était passé, non seulement pour la société mais aussi pour Mary Bell elle-même.

Ce récit hybride, entre livre de faits divers et témoignage a été intéressant et passionnant du début à la fin. Que ce soit toute la partie qui expliquait les faits, le contexte des meurtres, mais surtout tout le travail autour des entrevues avec Mary Bell qui revenait sur cette période, en tentant de comprendre ce qui s’était passé dans sa tête, ses années dans un centre de rétention pour garçons et adolescents où elle était la seule fille, puis la prison pour femmes à partir de 16 ans, toute la dimension psychologique qui entoure ses deux drames, comment se représente-t-on la mort quand on a onze ans ? Comment gère-t-on la culpabilité lorsqu’on se rend compte des années plus tard de la gravité de ce qu’on a commis ?
Le livre aborde également tous les manquements de l’affaire et du système judiciaire anglais des années 60 qui a jugé une petite fille de onze ans comme une adulte sans même aborder le contexte familial de Mary Bell pendant le procès. Aucun suivi psychologique n’a été fait avant, pendant, ni après. La société a complètement ignoré tous les appels à l’aide, toutes les sonnettes d’alarme qui ont précédé les drames et qui auraient peut-être pu les éviter si Mary avait été juste écoutée et prise en charge convenablement. On y apprend la relation plus que tordue avec sa mère, ancienne prostituée qui l’a constamment dénigrée, tout en se servant de la « notoriété » de sa fille pour ses propres intérêts, on y apprend également les sévices sexuels et psychologiques qu’elle a subi de sa mère dans sa petite enfance.

J’ai trouvé également extèmement intéressant toute la partie concernant les prisons pour femmes, qui sont aussi loin de l’idée qu’on s’en fait, par rapport aux prisons pour hommes. Les rapports entre les détenues ont l’air moins violents que ceux dans les prisons masculines, et l’on aborde aussi le sujet de la sexualité en milieu carcéral féminin, sujet dont je n’avais jamais rien lu dessus.

Comment une personne qui a connu la prison si jeune fait-elle pour se reconstruire par la suite, gérer psychologiquement ce qu’elle a fait, par rapport à sa propre histoire, son rapport à sa propre maternité ?

Conclusion : Une lecture forte, rude, profonde, qui ne laisse pas indifférent et qui ne tombe jamais dans le voyeurisme, ni dans l’angélisme. Gitta Sereny n’hésite jamais à mettre Mary Bell devant ses contradictions, non pas pour la contredire, mais tenter de faire sortir la vérité sur les faits et ce qu’il s’est passé. Je recommande aux lecteurs intéressés par les faits divers, qui n’ont pas peur des récits lourds, mais surtout à ceux intéressés par l’aspect psychologique de ce genre d’affaires.
Gitta Sereny a également sorti un livre sur l’affaire James Bulger (un petit garçon de 3 ans, tué par deux garçons de 10 et 11 ans en 1993 en Angleterre), affaire qui revient souvent dans le récit. Ce livre « La Balade des Enfants Meutriers » (éditions Plein jour) vient de sortir et ce sera sans aucun doute une de mes futures lectures.

 

 

Note : ★★★★★

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